Analyses et enquêtes
Tout frais
Paris n’a jamais été rien d’autre au fond qu’une vaste poudrière. En un instant, en un seul souffle soudain, peuvent y sauter les cadres, les rôles, et les assignations : malheur à qui prétend y asseoir son pouvoir illégitime. Il traîne à Paris toutes les rengaines du monde, toutes les misères insensées, toutes les faims dévorantes qui au hasard des rues, dans un fracas de métal hurlant, se heurtent à toutes les opulences qui sont le propre de la bourgeoisie. Mendiant-es et nantis, migrant-es et dandys, se jettent du coin de l'œil des regards assassins ; Paris est le chaudron où “ceux qui réussissent” se goinfrent de “ceux qui ne sont rien”.
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Près d'un an après la mort de Sabri Choubi à Argenteuil (92), sa famille lutte toujours, après un premier classement sans suite du dossier. A l'occasion de la seconde marche blanche, qui se déroulera le 22 mai prochain, le collectif de soutien rappelle qu'il existe toujours de nombreuses zones d'ombre.
Paris n’a jamais été rien d’autre au fond qu’une vaste poudrière. En un instant, en un seul souffle soudain, peuvent y sauter les cadres, les rôles, et les assignations : malheur à qui prétend y asseoir son pouvoir illégitime. Il traîne à Paris toutes les rengaines du monde, toutes les misères insensées, toutes les faims dévorantes qui au hasard des rues, dans un fracas de métal hurlant, se heurtent à toutes les opulences qui sont le propre de la bourgeoisie. Mendiant-es et nantis, migrant-es et dandys, se jettent du coin de l'œil des regards assassins ; Paris est le chaudron où “ceux qui réussissent” se goinfrent de “ceux qui ne sont rien”.
Tout le monde sera d'accord à ce sujet : rien de ce qui est en train de se passer actuellement dans le pays ne prête à sourire. Panique et effroi se tiennent la main, toutes deux spectatrices d'une comédie qui ne fait plus rire personne - si ce n'est la police.
Nous sommes en effet au carrefour de deux chemins contraires, et à l'approche, on se rend compte que continuer tout droit n'est plus du tout une option envisageable.
1ère partie : Le protocole sanitaire « c’est que de la théorie, y a rien de pratique »
Depuis la rentrée des vacances de la Toussaint, les professionnel-les de l’éducation et lycéen-nes protestent contre le protocole sanitaire et ses mesures jugées inefficaces. Pourtant les écoles, collèges et lycées font partie des centres de contamination principaux.
LaMeute a rencontré Pierre*, Nassim et Sara, trois AED (Assitant.e d’Education) de Paris et Saint Denis, afin d’éclaircir la situation actuelle dans les collèges et les lycées perdus entre la pandémie, un protocole sanitaire inapplicable, l’inquiétude, et les gaz de la répression.
Dans la nuit de lundi à mardi, la police (dont la BAC) a procédé à l’évacuation violente d’un camp de réfugié-es improvisé dans l’urgence sur la Place de la République à Paris. Les images, profondément choquantes, ont scandalisé l’opinion publique ; un rassemblement était organisé hier soir sur la même place pour protester contre ce qui ne relève ni plus ni moins d’un fascisme qui se découvre. Alors que la Loi de Sécurité Globale a été adopté à une large majorité en première lecture, LaMeute fait le point sur la situation.
Vendredi 16 Septembre, à la veille de l’arrivée des marcheurs sans-papiers - parti·es des quatre coins de la France pour converger vers la manifestation nationale à Paris, nous nous sommes entretenu·es avec le cofondateur du CLAP [Collectif des Livreurs Autonomes de Paris, NDLR], Jérome Pimot, pour échanger autour des travailleurs de plateforme de livraison de repas à vélo, dont recouvre la lutte des livreurs sans-papiers de Frichti.
Entretien.
Il y a tout juste 15 ans, le 8 novembre 2005, le gouvernement de Dominique de Villepin, soutenu par le Président Jacques Chirac, décrétait l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire métropolitain. Une décision lourde de sens, prise sans concession après que les révoltes dans les quartiers populaires aient totalement échappé à tout contrôle. Dans cette deuxième partie d’un dossier consacré aux révoltes de 2005, LaMeute revient sur la mise en place de l’état d’urgence contre des jeunes que tout poussait légitimement à la rébellion.
Le 27 octobre 2005 au soir, Zyed Benna et Bouna Traoré, âgés de 17 et 15 ans, meurent électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (93). Leur mort, qui fait suite à une course-poursuite avec un équipage de la BAC, est souvent pris comme point de départ des trois semaines de révoltes qui secouèrent dans un premier temps les quartiers populaires français, avant de prendre de court la totalité du pays. Un moment que l’on a pris pour habitude d’appeler sommairement “les émeutes de 2005”.
Durant trois semaines, 15 ans après, LaMeute revient sur différents aspects de ces révoltes.
Alors qu’iels sont en France plus de 300 000 -plusieurs millions selon si l’on inclut les personnes malentendantes, les conditions de vie des sourd·es demeurent encore méconnues, voir peu documentées. Des discriminations au quotidien, mais aussi une Histoire particulière : la communauté Sourde revendiquent pourtant l’existence d’une « Culture Sourde » à part entière. A l’université, les Deaf Studies se fraient un chemin.
Pénuries de masques, pénuries de médicaments à venir, pénuries de lits et de personnels… Les soignant•es sont à bout. La pandémie de COVID-19 fait suinter les plaies de l’hôpital public en France.Paroles de soignant•es, en Bretagne, Hautes-Savoie et dans le Grand Est.
Face au manque de moyens pour gérer la crise sanitaire, les collectifs inter-Urgences et inter-Hôpitaux, eux, viennent de déposer plainte contre X pour -entre autre- “mise en danger de la vie d’autrui” et “homicide involontaire”; quelques jours avant de déposer une requête devant le Conseil d’État pour faire face aux stocks de médicaments qui s’amenuisent de jour en jour.
Alors que les habitant-e-s du pays sont appelé-e-s à rester chez eux pour endiguer la propagation du coronavirus, les prisonnier-e-s -entassé-es dans des prisons surpeuplées- vivent déjà dans une situation sanitaire alarmante. En dépit des mesures annoncées par Nicole Belloubet, Ministre de la Justice, un détenu évoque un quotidien où personne ne semble avoir pris conscience de la gravité des événements : manque d’information, manque de protection, manque de tout… Avec le confinement des familles, et la suppression des visites aux parloirs, i-els sont désormais plus seul-e-s qu’i-els ne l’ont jamais été.
Depuis jeudi 5 mars, deux policiers sont sur le banc des accusés, jugés en appel par la Cour d’Assises de Paris pour des faits de violence qui remontent à 2013 ; un appel fait à la demande du parquet, suite à l’acquittement des trois policiers initialement mis en cause, en juin 2018 devant la Cour d’Assises de Bobigny ; la Cour avait alors retenu la légitime défense. Ces deux premiers jours, où des témoins policiers se succèdent à la barre, donnent à voir une vision policière, binaire du monde.
De Malik Oussekine à Adama Traoré, en passant par Ali Ziri et Lamine Dieng, la rédaction de LaMeute a décortiqué l’argumentaire policier utilisé pour se défendre des crimes commis par les forces de l’ordre. Jeter le discrédit sur la famille de la victime, falsifier l’état de santé de celle-ci, invoquer la légitimité des forces de l’ordre…
“Sacré Emmanuel Macron, il est incorrigible. Hier soir, son Premier ministre Edouard Philippe a annoncé, presque par surprise, le recours à l’article 49-3 de la Constitution, permettant de jouer à saute-mouton avec l’Assemblée et d’engager la responsabilité du gouvernement en échange d’une absence de débat sur la réforme des retraites. Si une motion de censure n’obtient pas la majorité des voix à l’Assemblée avant ce soir, alors, une fois de plus, Emmanuel Macron se sera assis sur les dernières ruines restantes d’une démocratie déjà bien imparfaite.”
Ce dimanche 9 février, le nom de Gaye Camara s’affichait en grand dans le gymnase René Descartes de Champs-sur-Marne (77); les “violences policières” commencent peut-être à percer le débat médiatique, mais aucun grand média n’était cependant présent pour cette commémoration, riche en échanges d’expériences et pleine de solidarité.Bien qu’un non-lieu ait été rendu en 2019 dans la mort de ce jeune campésien de 26 ans, disculpant les policiers qui ont tiré à 8 reprises sur lui (dont une balle en pleine tête), le combat est loin d’être fini. Et il rime avec collectif et autonomie. Comme l’a (encore) prouvé cet après-midi.
Depuis le 5 décembre, les médias dominants n’ont eu de cesse de rappeler sur tous les écrans que la grève s’essouffle, encore et encore, toujours plus. Pourtant, force est de constater que des centaines de milliers de personnes de tous les secteurs ont de nouveau défilé dans les rues du pays, ce jeudi 6 février, contre une réforme des retraites que l’on ne présente plus, décriée jusqu’au sacro-saint Conseil d’Etat. Reportage et analyse de la situation.
Alors que le procès intenté par Génération Identitaire, groupuscule d’extrême droite, contre l’élu de Saint-Denis (93), en charge de la discrimination, Madjid Messaoudene (FG), pour « diffamation publique » s’ouvrira ce jeudi 31 janvier, ce dernier appelle la gauche à se mobiliser contre cette énième tentative de banalisation de l’extrême droite.
Cédric Chouviat, 42 ans, est mort dans la nuit de samedi à dimanche. Son pronostic vital était engagé alors qu’il venait de se faire arrêté par une patrouille de police en plein Paris. La verbalisation se transforme en interpellation durant laquelle Cédric perd connaissance.
La « version officielle » évoque un « malaise cardiaque ». Mais des vidéos filmées par des témoins de la scène pourraient contredire cette hypothèse : elles témoignent de la violence de l’interpellation. Cédric est plaqué au sol, au moins trois policiers sur lui. Il semble se débattre. Sur une autre vidéo filmée quelques moments plus tard, ses jambes ne bougent plus. La famille a décidé de porter plainte.
Suivi de la lutte contre la précarité étudiante à Lyon suite à la tentative de suicide par immolation d’un étudiant syndicaliste de 22 ans et à la lettre qu’il a laissé derrière lui, désignant les politiques anti-sociales responsables de son geste.
8 novembre 2019. Cette date parsème le campus de la Porte des Alpes de l’Université Lyon 2 à de multiples endroits, accompagnée de la mention « ni oubli, ni pardon ». On la retrouve également sur le bâtiment du CROUS, situé au 59 rue de la Madeleine dans le 7ème arrondissement de Lyon, devant lequel Anas, l’étudiant de 22 ans, s’est immolé - et où a eu lieu un rassemblement à l’initiative de son syndicat, Solidaires étudiant•e•s Lyon, mardi 12 novembre. La tristesse, le désespoir et une colère lancinante percent la voix de ses camarades lorsqu’iels lisent la lettre qui a laissé derrière lui. Celle-ci se suffit à elle-même et ses revendications seront reprises à la fois par le syndicat Solidaire étudiant•e•s et par les assemblées générales qui se sont enchainées depuis ; les 14, 19 et 28 novembre, puis les 5 et 9 décembre.
Au stade où nous en sommes, il n’est plus possible de faire un seul pas en arrière.
Au-delà de toute fatalité - bien au contraire, le champ des possibles est à présent ouvert - il demeure que le succès de cette grève générale ne dépend que de nous-mêmes. Ou bien nous y croyons sans faillir, et le cas échéant nous nous donnons les moyens de vaincre - ou bien nous baissons les bras. Et dans la situation actuelle du pays, où 7 de ses 8 raffineries sont à l’arrêt, où 90% de ses trains ne circulent pas, où de nombreuses facs et écoles sont fermées, bloquées, vidées de celles et ceux qui les font vivre, où les secteurs de l’énergie tournent au ralenti… rien n’est moins sûr que l’amplification du mouvement.
Ce samedi à 12h30 était annoncée une marche blanche pour Oliver Tony au départ de Sevran. Après une semaine de recherches, le corps meurtri de l’adolescent de 17 ans avait été retrouvé à Tours, à plusieurs centaines de kilomètres de sa dernière localisation près de Noisy-le-Sec. Victime d’une barbarie sans nom, sa famille, ses ami•es et de nombreux soutiens ont marché pour lui rendre hommage et appeler au calme.
Depuis son interpellation en juin dernier, alors qu’il couvrait un piquet de grève de personnes sans papiers travaillant pour le Chronopost d'Alfortville, Taha Bouhafs n’a toujours pas récupéré son téléphone. Pourtant, toute l’interpellation et les violences policières subies par Taha y sont filmées. Face à cette non-restitution par le parquet de Créteil, Taha et son avocat, Me Arié Alimi, répliquent avec une plainte pour « obstruction à la manifestation de la vérité ». L’audience se tenait ce mardi 5 novembre au tribunal correctionnel de Créteil. Une matinée symptomatique de la répression qui frappe les journalistes en France.
Récit d’audience.
Ce mardi 29 octobre, l’audience en appel d’Antonin Bernanos, militant antifasciste, a maintenu sa liberté conditionnelle, en lui permettant de revoir son frère et en réduisant de 7000 euros son cautionnement. En revanche, la Cour a également maintenu de nombreuses et pesantes contraintes sur le jeune homme.
LaMeute était présente. | RÉCIT D’AUDIENCE et photos en fin d’article
La détention se termine pour le militant de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue(AFA), Antonin Bernanos, libéré sous contrôle judiciaire ce matin. « C’est bon tu peux le voir ! » cette phrase enjouée a été prononcée au moins une dizaine de fois en direction d’Angel, le frère d’Antonin, après que le juge a retiré son nom des personnes qu’il n’avait plus le droit de voir.
La semaine dernière, alors qu’avait lieu la Marche pour Adama III, plusieurs véhicules, dont trois bus mis en place par le Comité pour Adama au départ de Gare du Nord, Ivry et Montreuil, convergeaient vers Beaumont-sur-Oise. Sur la route, plusieur.es manifestant.es ont été surpris.es par un contrôle accru des forces de l’ordre (gendarmes et militaires). Idem pour le bus des Gilets Jaunes de St Nazaire.
Cette vérification découle d’une décision prise cinq jours en amont de la Marche, le 15 juillet 2019, par le Procureur du Parquet de Pontoise : réquisitionner tous les véhicules sur les chemins de Beaumont « aux fins de rechercher, les auteurs de : actes de terrorisme, infractions en matière d’armes et d’explosifs, infractions de vol, de recel, faits de trafic de stupéfiants ».
Il nous a rarement été aussi compliqué d’écrire sur un mouvement social. Sans doute parce que jamais nous n’avons été exposé·es à une telle déliquescence du pouvoir en place. De toutes parts, le pays se fissure, et se dévoilent au grand jour toutes les fractures sociales qui l’ont fait souffrir si longtemps. De la colère sur la hausse des prix du carburant, il ne reste rien si ce n’est l’éclair formidable qui précède toutes les tempêtes. Cette mesure du gouvernement s’est voulue un vent nouveau — il l’emportera avec lui dans les tréfonds de l’Histoire. Car l’ivresse du pouvoir aura bien fini par monter à la tête d’Emmanuel Macron. Qui peut décemment croire que s’attaquer aux mondes des travailleur·euses, des étudiant·es, des lycéen·nes, des retraité·es, de celles et ceux « qui ne sont rien », des « ouvrières illettrées », des « gaulois réfractaires », n’apporterait pas à son administration la catastrophe attendue depuis des décennies ? Car, fin connaisseur des stratégies politiques, François Mitterrand avant lui disait : « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, une société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort ».
« Mais c'est une révolte ? Non sire, c'est une révolution ! », tels sont les mots attribués au duc de La Rochefoucault Liancourt, le soir du 14 juillet 1789, qu'il aurait prononcé après le réveil de Louis XVI à Versailles pour l'informer de la situation dans les rues de Paris.
Bien que d'une ampleur moindre, cette même phrase aurait pu être attribuée à l'un·e des collaborateur·rice·s d’Emmanuel Macron le soir du 17 novembre 2018. Outre les questions de sémantique, loin du simple jeu d'amalgame entre le comportement de l'actuel président français et celui d'un monarque de l'ancien régime, l'homologie de situation peut s'imposer comme une évidence si l'on regarde ce que ces simples mots semblent dire.
Il y a des noms qui jalonnent nos luttes.
Les façonnent.
Parfois les démarrent.
De ces noms-là, les cultures populaires ne retiennent pas que ceux des « Grands Hommes » - moins encore, hélas ! ceux des « Grandes Femmes ». Elles retiennent les noms qui leurs ressemblent. Les noms auxquels les classes populaires s’identifient, et les souvenirs qui s’y rattachent sont souvent aussi sombres que la couleur de peau des gens qui les portent. Elles en font un symbole, et de là se forge une identité. Se forge une conscience qui traverse le temps.
"ON NE PEUT JUGER SI ON NE COMPREND PAS"
► Retrouvez le compte-rendu complet du procès ici :
https://www.facebook.com/media/set/…
cc La vérité pour Adama