Défendre l'occupation de Paris 8

D’où vient le large mouvement d’occupation des facs qui, à la fin avril, comptait une quarantaine de sites bloqués et occupés ? Vient-il de Tolbiac, qui a concentré toute l’attention médiatique pendant plus de trois semaines ? Vient-il plutôt du Mirail, à Toulouse ?

Rien de tout cela. Si l’évacuation de la faculté de Droit de Montpellier par une milice d’extrême-droite a cristallisé les colères, et a renforcé les hostilités étudiantes à l’encontre de la « Loi ORE » (pour « Orientation et Réussite des Étudiants »), c’est a minima à Paris 8 que l’on doit le retour de la pratique de l’occupation comme centrale dans les moyens de luttes.

En effet depuis le 30 janvier 2018, le bâtiment A de l’université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis est occupé par des exilé.es, réfugié.es étranger.es et sans-papiers dont le combat est généralement perçu comme « annexe » dans la lutte des classes par nombres de militant.es. Le défi était, à l’époque, de loger des dizaines d’exilé.es, pour qui la rue était un réel danger, partagé entre les ratonnades policières et la redoutable période de grand froid. Une occupation qui a dû coexister avec une seconde occupation, étudiante celle-ci, contre la « Loi ORE » dans le Bâtiment B2.

Près de 5 mois après, l’occupation du Bâtiment A l’a transformé en véritable lieu de vie, et des centaines de personnes y ont défilé, se donnant la possibilité d’entamer des procédures de régularisation. Les cours de Français sont venus compléter les dons de vêtements, de vivres, de produits d’hygiène. L’occupation étudiante, elle, n’a pas tenue faute d’organisation, de structure, et le Bâtiment B2 en porte les stigmates.

C’est en partie usant de ce prétexte que Annick Allaigre, Présidente de Paris 8, a notifié ce week-end aux occupant.es leur expulsion à venir s’ils n’avaient pas quitté les lieux le 17 au soir. Un appel à venir défendre l’occupation a circulé, mais puisqu’il s’agit d’une occupation de non-Blanc.hes, cela n’a pas amassé les foules qu’ont pu amasser les appels à défendre Tolbiac, y compris après évacuation. Malgré cela, il semble que cette mobilisation ait été suffisante pour reporter l’évacuation du Bâtiment A.

Cependant, la menace étant constante, et la police jouant la carte de l’usure, il est du devoir de chacun.e de se relayer et d’être présent.e en journée comme en soirée à Paris 8 pour instaurer un rapport de force contre cette expulsion. Les évacuations des facs lors des dernières semaines ont montré que la stratégie de la police consiste en une série de tests afin d'évaluer quelle serait la mobilisation contre cette expulsion, et d'attendre le moment propice pour agir.

A Paris 8, ce ne sont pas des étudiant.es qui, au pire et en plus de violences policières, risquent une sanction disciplinaire et une lourde amende. Les occupant.es du Bâtiment A risquent l’arrestation, la détention en Centre de Rétention Administrative (CRA) puis la déportation dans leur pays d’origine, où parfois le statut d’opposant peut valoir la peine de mort…

Si évacuation il y a, le RDV est donné le jour-même à 18h à la Basilique Saint-Denis afin de protester contre la politique raciste du gouvernement.


© LaMeute

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